
Présenter
une oeuvre de Janez Janša est au premier regard toujours
difficile. Avant de s'approcher, la question que l'on se
pose à chaque fois se résume à la simple
phrase : « Peut on vraiment qualifier cela d'oeuvre
artistique ? ».
En effet, Davide est un de ces artistes différents,
sortant de l'ordinaire, utilisant tout support lui passant
sous la main pour en faire quelque chose, afin de faire
valoir ses idées...
Imaginez une exposition dans une gallerie
nationale d'Art Contemporain à Ljubliana, Slovénie.
Le thème de cette exhibition traite de l'espace «
Est européen » et de son identité en
tant que « culture européenne orientale »
en la décrivant sous sept aspects fondamentaux :
Collectivisme, Utopisme, Masochisme, Cynisme, Paresse, Amateurisme
et l'Amour pour l'Ouest.
Ces sept thèmes peuvent, d'un point de vue extérieur,
occidental notamment, être interprêtés
comme faiblesses et imperfections, mais ils sont également
des « vertus », des qualités, démontrant
que les pays slaves peuvent contribuer à la culture
européenne pour la rendre plus riche et diverse.
Au centre d'une des sept salles, au milieu d'oeuvres d'art
visuels, peintures, sculptures et autres desseins te photographies...
on distingue une forme plus commune aux ambiances de bar
plutôt qu'à celle d'une salle de musée.
Intrigué par cette presence inhabituelle, on découvre
un flipper, objet culte de la culture populaire des années
50 à 80 qui a subit depuis la concurrence des jeux
vidéos. Cet objet starifié par l'opéra-rock
« Tommy » du groupe anglais mythique «
the Who » en 1969, rappelle à chacun de nombreux
souvenirs.
MachinaZois
est effectivement une de ses oeuvres qui ne passé
pas inapercue.
En réutilisant et modifiant une machine de la célèbre
firme de Chicago dans le domaine, Gottlieb, l'artiste réutilise
ici un objet du quotidien dans le but d'évoquer son
propre quotidien ainsi que celui des autres personnes dans
sa situation, à savoir, la difficulté extrême
que rencontre un artiste ou un producteur d'art contemporain
dans le but de financer ses projets.
L'installation tire son nom de Zigar Zois, l'homme le plus
riche de Slovénie au 19 ème siècle,
et qui fut, en son temps, le financier le plus important
de la culture et principalement du thèâtre
slovène.
Pour rentrer dans les détails, le plateau de jeu
reste classique, seule le but et la manière de «
marquer des points » sont différents. Le joueur
s'identifie lui-même dans le rôle du créateur,
son objectif étant de « gagner » le plus
de fonds possibles afin de réaliser son projet. Parallèlement,
il doit prendre garde aux autres aspects bureaucratiques
en lien avec la production....
Ainsi, il a la possibilité de candidater pour cinq
financements potentials différents, le Ministère
de la Culture, la Municipalité, les Fondations privées,
les Fonds internationaux et les Mécènes. Par
une combinaison de « bumpers » et autres «
rampes », l' « artiste factice » doit
recueillir tous les documents requis par les institutions
et est ensuite tenu de les envoyer par pli postal en envoyant
la boule sur la bonne rampe. Un comité d'experts
« virtuels » se penchent alors sur le dossier
et décident ou non de le valider. Parmi les autres
aspects bureaucratiques, le « lobbying », le
« copinnage » avec les membres des jurys sont
de rigueur afin de s'assurer du suivi de son dossier et,
pour ce faire d'autres éléments du plateau
doivent être activés. Les « bonus »
habituels sont également présents, la «
multi-ball » ou autre « multi-mode » lui
font gagner de la crédibilité...
A travers ce jeu « tactique », Janez Janša
présente alors une vision satirique de la bureaucratie
culturelle en insistant sur la complexité et l'aspect
chaotique de la recherche de fonds. Il met le doigt sur
un détail pour certain mais une réalité
pour d'autres et nous soumet sa vision paradoxale de l'art.
Cette thématique est récurrente dans le travail
de Davide. L'installation urbaine «
I need money to be an artist » s'en rapporoche
effectivement intensément. Il plaça alors,
en 1996, à plusieurs endroits déterminés
de Ljubliana, vingt-six boites aux lettres blanches sur
lesquelles étaient inscrit l'énoncé
en quatre langues afin de sensibiliser les passants sur
le contexte social d'un artiste et de l'art plus généralement.
Il est vrai que cela ne correspond pas aux canons de la
beauté artistique.... ce n'est pas beau, lisse, propre...
Cependant, cette création est revendicatrice, drôle,
attachante, reflétant la réalité sociale
de l'artiste en général, contraint à
passer le plus clair de son temps à courir les financements
plutôt que de s'investir pleinement dans la phase
de production... L'esthétique ne constitue pas la
recherche de l'artiste, son but est de suggérer,
mettre en exergue notre société, la questionner
et non forcément l'embellir...
Ainsi, Janez Janša réussi ici à faire
passer ses idées au public par un moyen simple, nouveau,
mais également culte dons notre environnement ou
le loisir devient roi...
En bref, le flipper est un jeu auquel on ne gagne jamais,
auquel on est constamment invité à recommencer,
rejouer, réitérer ses actions... Le financement
artistique, pour la plupart des créateurs se résume
malheureusement à peu de choses près à
la même définition...
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